Revoilà une pièce de celles dont je dis volontiers qu’elles sont « aux lisières » de mon travail courant. C’est une peinture au charbon et pigments, que son aspect dessiné rapproche de mes encres de chine. C’est aussi quelque chose d’inédit que j’ai essayé pour la nouvelle année, et qui porte les traces de l’attraction puissante qu’ont exercée sur moi les pays du nord parcourus cet hiver pour la première fois. Enfin, c’est

une intuition confirmée

il fallait juste oser!

Sans doute, mes recherches sur les noirs de charbon et les couleurs à la tempera ont-elles aiguillonné mon besoin de me lancer dans de nouvelles explorations.
L’hiver passé, le moment est venu où j’ai eu envie d’inverser mon jeu en peignant un disque noir sur un fond blanc. Sûrement que c’est de là que vient mon besoin de travailler comme « en creux » un signe blanc sur un fond coloré.
Ici je voulais – comme pour les m2 – utiliser pigments et liants naturels; travailler sur papier tendu, mais aussi disposer d’une surface peinte au préalable pour pouvoir y intervenir en blanc. Pourtant cette pièce a débuté par une suite de choix étonnants, tant en regard de ma manière de travailler que des options formelles adoptées jusqu’ici avec la tempera et le noir de charbon.

mes incertitudes

Pour essayer, j’ai commencé par tendre mes papiers sur châssis avant même de les enduire. Ensuite, je me suis laissée aller sans l’avoir vraiment décidé, à composer un paysage. Et ces deux « variables », ajoutées au format en bandeau de la pièce ont joué un rôle important dans toute la suite du processus.
Dès le paysage esquissé, avant même que la couleur n’intervienne, il m’a fallu prendre la décision de poursuivre cette image non prévue à mon programme. Puis j’ai bien dû m’adapter au support qui rebondit comme un trampoline, et marque le passage du pinceau entre le bois et l’espace vide sur lequel il est tendu. Et pour corser le défi, j’ai choisi de travailler cette « partie paysage » sur une table!

Mon postulat de départ restait solide. Mais je ne savais même pas si ce que j’envisageais d’un point de vue technique allait être réalisable. Je me trouvais devant une succession de nouveautés formelles et structurelles qui allaient découper l’évolution de la pièce en étapes et paliers que j’hésiterais à chaque fois à franchir.

et les confirmations

De retour au sol pour travailler mes blancs j’ai vérifié mon intuition. Je peux revenir sur une couche de fond traitée à la tempera. Mais le travail dans l’humide, s’il permet de contrôler certains comportements de la matière, apprend aussi à « peindre en différé » puisque la couleur finale ne commence à apparaître qu’en séchant. J’ai même découvert que dans une certaine mesure, on peut faire des retouches sur le signe dessiné!

signe blanc sur paysage nocturne
Noir de charbon, pigments, plâtre et colle sur fibres de cellulose compressées  
Janvier 2020   Quatre pans montés sur chassis   L’ensemble : 210 x 88 cm environ

Je constate aujourd’hui que cette nouvelle manière de faire est plutôt prometteuse et qu’elle n’attend que moi pour se développer. Pour autant, je ne sais pas encore si je trouve belle, laide, maniérée, sans conséquences… ou juste assez inutile, cette pièce en quatre pans que je me suis forcée à considérer comme terminée tout à l’heure à l’atelier.

…tout en restant convaincue que j’y reviendrai encore…