la 1ère fêlure

rester là

 

Notre résidence touche à sa fin.
Pendant presque un mois, nous sommes restés ici sans éprouver le besoin d’aller voir ce qui se passait ailleurs.
J’ai pris conscience de cet état de fait il y a quelques jours, alors que lors d’une discussion avec nos hôtes, j’ai entendu cette remarque étonnée : » et vous n’êtes même pas allés à la T’Chaux?! »
Non !
Ce séjour, loin d’être une réclusion – volontaire ou imposée – a plutôt été un temps d’explorations, d’art-pentages et de découvertes dans un périmètre relativement restreint.
Je n’ai à aucun moment eu envie de sortir du territoire, finalement très vaste, de la ville et de ses alentours.
Un besoin de changer d’air? En quelques pas, me voici dans la forêt ou sur les prairies.
Une autre manière de poursuivre mes explorations; une autre manière de m’ancrer dans le territoire !

Un mois, c’est à la fois long et très court. Le temps de prendre ses marques, de trouver des repères, de rencontrer quelques personnes et de se sentir reconnue par d’autres…
Mais ça reste trop court pour vraiment expérimenter la vie du lieu.
Qu’ai-je appris des rigueurs de l’hiver? Des difficultés de l’emploi, des ateliers spécialisés en nanotechnologie et micromécanique médicale de pointe qui ont pris le relais des horlogeries? Qu’ai-je appris des manufactures qui se sont enracinées ici malgré les crises horlogères? Que sais-je de celles qui s’y sont installées?…
Je sais les faillites, j’ai vu les immeubles vides.
Je sais les effondrements, j’ai repéré l’emplacement de maisons qui n’existent plus.
Je sais l’une ou l’autre saisie et les ventes aux enchères; mais je ne sais rien des gens qui se sont battus pour faire vivre des lieux, et qui ont tenu bon longtemps avant de baisser les bras.
Je ne sais rien des luttes, des espoirs et des découragements… Je ne fais que constater les processus de « fantômisation »…

 

café fermé

le Lux

LE CAFE-CONCERT A FERME SES PORTES A LA FIN DE L’ETE 2017. PENDANT PRES DE 10 ANS, IL A PROPOSE UNE PROGRAMMATION CULTURELLE SOUTENUE AVEC UN BUDGET DE FONCTIONNEMENT LIMITE JUSQU’AU DERISOIRE. UN ENGAGEMENT SANS RELACHE QUI A FINI PAR S’ETEINDRE, DE GUERRE LASSE, SOUS LE POIDS DE LA FAILLITE.

 

Un mois c’est assez long pour commencer à sentir un lieu, flairer ses atmosphères, ressentir quelques vibrations. C’est suffisant pour savoir si l’on aime une ville ou si elle indiffère.
Ca permet de percevoir comme un mouvement de fond, les humeurs, la volonté de lutter ou le découragement…
Ca permet de découvrir des traces d’activités anciennes, de constater certaines déshérences et de les regretter; ça permet d’espérer avec toute la distance de la visiteuse de passage, que la capacité de résilience du lieu lui permette de rebondir.
Ca permet de penser sentir une énergie de reconquête…
D’imaginer !

Un mois, ça permet de découvrir, de se mettre à gratter, et de repartir en souhaitant que les graines de miracle qu’on a cru voir germer vont éclore et pousser, nourries et protégées !

 

caramels et saut à ski

LA CHEMINEE, RELIQUE DE L’USINE KLAUS – FABRIQUE DE CHOCOLATS ET CARAMELS – QUI FERMA SES PORTES DANS LES ANNEES ’90.   ET L’OSSATURE ROUILLEE DU TREMPLIN DE SAUT A SKI QUE L’ON DECOUVRE EN SE PROMENANT A LA COMBE-GIRARD.

L’USINE KLAUS POURSUIT SON ACTIVITE A MORTEAU, DE L’AUTRE COTE DE LA FRONTIERE, ET LE REVE OLYMPIQUE S’EST ETEINT A L’OREE DU SIECLE, APRES PRES D’UNE CINQUANTAINE DE SAISONS DE SAUT SPORTIF DE HAUT NIVEAU.

 

le remontoir

ON A CONSTRUIT LE REMONTOIR,

UN MINI FUNICULAIRE QUI PERMET SANS EFFORT DE REJOINDRE LA GARE DEPUIS LA VILLE BASSE.
ON Y ACCEDE EN LONGEANT UN PETIT SQUARE MENAGE ENTRE RUES ET MAISONS…

 

On m’a dit récemment qu’une maison qui s’effondrait peu à peu sur ses pilotis pourrissants s’était tenue justement à cet emplacement précis. Une maison que la municipalité avait rachetée pour un franc symbolique à ses propriétaires, afin de leur éviter d’avoir à débourser les quelque quatre-vingt-mille francs nécessaires à sa démolition…
Quarante ans de vie qui s’enfoncent peu à peu, jusqu’à n’être plus que danger, du dedans comme au dehors…

La ville change ! On démolit et on reconstruit. On injecte résines et bétons, on assèche… On modifie les équilibres en changeant les visages d’un lieu…
C’est encore plus vrai ici qu’ailleurs, où les travaux occasionnés par les constructions de quelques gros immeubles ont provoqué le pourrissement des pilotis de sapin sur lesquels la ville est construite, depuis des siècles, au dessus des marais…

Ici pourtant, il fait bon vivre !
Ville à la campagne, un peu plus qu’un gros village, le bourg, fort de son passé horloger et de l’urbanisme qui l’accompagne, abrite des maisons lumineuses dans un calme protégé de l’agitation des métropoles.

Ici un menuisier s’est spécialisé dans les châssis alu pour peintures de très grand format, il a installé son atelier dans une usine horlogère.
Ici des passionnés ont préféré héberger des artistes en résidence dans leur ancienne fabrique, plutôt que de louer leurs espaces à des locataires plus ou moins anonymes.
Ici l’épicerie bio coopérative qui propose des produits de proximité tourne à plein régime.

Ici on se connait, on est citadins des montagnes.
On est fier et on se nourrit du passé révolutionnaire de la ville !

Ici on vit bien, malgré les crises…

… Ou peut-être un peu aussi grâce à elles?

 

c'est par là

ICI LA GARE, ON VOUS LA MONTRE DU DOIGT!