thé vert

 

Voici quelques semaines que je suis de retour, et que le temps d’ici me rattrape…

J’ai retardé autant que possible mon arrivée officielle. Et cultivé, à la frontière entre deux mondes, un état de latence qui m’autorisait à rester encore un peu en chemin.
Mais les souvenirs perdent lentement leur saveur, et le goût du vécu s’estompe derrière le quotidien.
Bien sûr, j’ai ramené des images en pagaille. Quelques unes d’entre elles sont même très belles!
Mais quelles traces partager?
Que montrer de ces ressentis qui m’échappent petit à petit?
Que garder et malaxer pour en rendre un jour une essence matérielle filtrée par ma mémoire?

…Et le temps change, l’automne s’en vient!

Sans transition arrivent les premières grippes, avec leur lot de frissons encore ensoleillés.
Je tousse, j’ai mal un peu partout.
C’est le moment de retourner les armoires pour retrouver le thé que j’ai ramené avec moi…

 

La forêt entre Onsen et sanctuaire

Syakushiyama

C’est un sachet vert, comme il se doit.
Il porte, en Kanjis dorés illustrés par quelques dessins, la marche à suivre pour réussir son infusion.

J’ouvre le sachet. Je cherche à humer.
Peine perdue, j’ai la grippe!
Frustrée, je remplis ma boule à thé, verse l’eau chaude et contemple les couleurs du liquide qui changent progressivement.
Le thé doré fume et chatoie, ses reflets verts brillent dans la lumière de cette fin d’après-midi.

Et puis…

A la première gorgée voilà que tout est là!
C’est un monde d’odeurs où coulent toutes les musiques.
Le bois poli glisse sous mes pieds nus, le crépuscule étincelle sous l’averse…
Un taxi rouge disparaît au loin.
Ces drôles de gros insectes et leur crissement électrique; l’odeur de l’encre, et les femmes qui causent en bas dans la ruelle.

…Cloches, gongs et claquements de mains…

C’est fugitif, mais c’est tellement réel, que la perspective d’avoir à savourer 300 grammes d’escapades sensorielles parvient à adoucir un peu le regret de n’être plus là-bas.