digitales, le texte

 

La perte récente de données informatiques représentant plus de trois ans de travail autour de l’image m’a obligée à consacrer plusieurs semaines à leur récupération, à leur re-sauvegarde, puis au nettoyage et à la désinfection de mon ordinateur.
Ma machine, réparée mais un brin fatiguée ne parvient plus à suivre, et plante régulièrement, m’empêchant de poursuivre comme je l’entends mes recherches vidéo et photo…
Cet état de choses m’amène à m’interroger sur l’usage que je fais de l’informatique, sur l’immatérialité des données que mes manipulations modèlent, sur leur fragilité, et sur les conséquences que pourrait avoir sur mon travail une simple coupure de courant.

Je m’intéresse à la profusion. Au foisonnement des images qu’autorisent les nouvelles technologies.
A leur banalisation.
Me voici de plein fouet projetée au coeur même de leur inconsistance et de leur fragilité.

Quel est le poids matériel des données qui constituent ces images?
… Et quelle est la part de réalité de mon travail tant que je ne l’ai pas transféré sur un support tangible?
Quelles sont les conséquences de cette fragilité, du point de vue des images que je produis, et sous l’aspect de ce mode de travail?
Et que représente dans ma démarche l’usage de machines et de supports de stockage à obsolescence programmée ?

digitales, les premières images

Je suis dépendante de l’économie de marché qui produit ces technologies et définit la durée de vie des machines. Et même si leur utilisation me donne accès à des possibilités de traitement infinies, tant qu’elles restent virtuelles, rien ne maintient mes images à l’abri d’une défaillance technique de mes outils de travail.

Ces trois estampes numériques, les premières d’une série de douze, ont été réalisées entre deux plantages de matériel informatique. Elles parlent de fragilité, et d’une réalité qui se réduit à une succession de chiffres, de codes, d’affirmations et contre-affirmations.
Elles parlent de cette évolution technologique et de l’utilisation qui en est faite au quotidien; de la réalité du monde matériel projetée dans un second plan qui se rappelle brutalement à la conscience à la moindre défaillance d’une machine…

Elles constatent et questionnent.

Je n’ai pas de réponses. Je continue à faire des images!